Nocturnelles.

26 septembre 2013

Ritum

Comment dois-je les appeler ? Rituels, gouffres, éternelles répétitions, vertiges ? Il me semble qu'il s'agira de la même soirée, de la même senteur juste avant de monter, l'odeur du goudron et des rails sans retour, l'espoir d'un battement et l'amertume de ce parfum si horrible entre ses lèvres. Il me semble que tout se répètera à l'infini, sans relâche, que le glissement sera sans fin jusqu'à ses bras déjà fermés, la fenêtre, déjà ouverte.

 

Pas d'excuses. Pas pour cela, pas pour les matins où les gestes, mécanismes bondissants sans joie aucune, forment la valse lente d'un masque toujours plus étudié selon les perles de douleur laissées par la nuit. Le bout des doigts s'affairent sur une peau qui se délie et se fond contre des joues souvent encore humides de souvenirs, et vite, les aiguilles tournent dans une pupille qui s'affole, le noir s'étend en rivières joyeuses contre les cils, toujours plus, plus encore, pour fabriquer de toutes pièces un sourire plus haut qu'il n'existera jamais. Plus vite encore, une mine crayeuse qui dérape sans erreur – l'habitude me tuera sans cesse un jour. Puis il y a ces restes brouillés, entre le brun et le noir, voiles endeuillés contre un peau blanche qui ne porte désormais plus aucune marque d'humanité. Une brise soulève et structure les voiles. Y ajoute des colliers. Paillettes. Autres absurdités sans lendemains. Tout est figé, à sa place, appris par cœur – il ne bat pas. Reste à se glisser dans les carrés de tissu comblant le chaos d'un corps bleuté et fissuré. Trouver un miroir et statufier, enfin, l'image qui ne devra pas se briser avant l'éclat du jour.

 

Comment dois-je appeler les soirs où le souhait le plus cher serait que le matin ne vienne pas ?

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19 septembre 2013

Una

Et l'ombre de ta peau contre les lambeaux de la mienne persiste tandis que le sommeil s'enfuit.

Il n'est pas trop tard, la nuit est toujours là  - elle étincelle aux fenêtres et se glisse entre les draps - alors peut-être n'est-il pas trop tard pour ne pas croire au mensonge.

Cette fois.

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17 septembre 2013

Idolon

 

J'ai cru longtemps m'appeler Ersatz, mais mon véritable patronyme est plus translucide et secret. Je suis de l'espèce des fantômes, de l'ordre du frisson sur quelques peaux tremblantes. Je ne suis pas fille du manque. Le spectre fait, traditionnellement, partie du décor, l'effleure et le frôle sans cesse, s'insinue et se dissimule entre les corps, les cœurs et les esprits, sans les heurter ni même murmurer une parole rassurante à leur oreille. Une présence vide et sombre, un nuage de cendres qui se déplace lentement à travers les murs et les bustes de ceux qui ont l'audace de me côtoyer. Plusieurs masques pour un même spectre, plusieurs sourires pour les mêmes ruines. La bâtisse est reconstruite à l'aube, lorsque j'annonce, je reviendrai. Je ne mens pas ; c'est l'attribut des spectres. Le défaut de leur compagnie. Ils plongent leurs pupilles dans les vôtres et vous empoisonnent doucement dans votre sommeil. La vérité les illumine sous la brume de leur corps disparu. J'attribue au hasard les identités, j'en vole certaines – me saisir ? Jamais. Je hante les quelques personnes qui m'accueillent dans leur esprit. Mais je ne manque pas. Il n'existe aucun souvenir palpable, reconnaissable, regrettable, de mon sourire, de mon visage, de mes mains. Mon parfum s'évanouit, son existence est incertaine, le timbre de ma voix même remise en cause lorsque mon ombre passe le seuil de la porte.

Comment manquer lorsqu'on a toujours, depuis l'éternité, été là ?

Posté par C_M_Grzegorska à 00:16 - Commentaires [0] - Permalien [#]

12 septembre 2013

Obreptio

 

Au centre du corps les alertes corporelles – du cotonneux et du velours entourant les organes désormais quiets et murmurant des berceuses. La douleur n'a plus besoin d'être hypnotisée et domptée, elle se replie sur elle même, nœud d'envergure si intense qu'elle réunit tous les nerfs et tous les chagrins cachés au fond des côtes et des reins pour en faire cette boule ridicule qui glisse, comme ralentie par le chemin satinée qui l'accueille, l'enveloppe, la caresse, lui racontant contes et légendes qui terminent à l'horizon du corps et du cœur. Il n'est plus question de larmes ni de blessures, crâne fracassé ou dos contre le sol chaque soir, à la même heure, au même endroit, cette fois – le chagrin se tait et roule doucement jusqu'à se heurter à la petite cage en verre qui a poussé, un soir, autour du cœur. Horloger et architecte : la boîte est translucide, si bien qu'on y perçoit clairement les battements, la vie, l'empathie, et la beauté carmin d'un ensemble immaculé, sans tâche de mensonges ou de brûlures. Elle irradie. Elle irradie et l'on ne peut que rester fasciné, spectateur de la force contenue, muette et impassible, dans le petit espace, ancien univers foudroyé. Et frappez, pensées obscures ou visions amnésiques, petite sphère minuscule du chagrin qui fond dans la chaleur d'un corps à nouveau vivant et pur. Frappez, poisons inhibés, l'aurore se lève dans le carré de lumière et désormais rien d'autre ne viendra y déposer de nuits éternelles et maudites.

 

 

Posté par C_M_Grzegorska à 23:20 - Commentaires [0] - Permalien [#]

10 septembre 2013

Aurora.

 

Aurore (n.f.) : lueur qui précède le lever du soleil et suit l'aube.

 

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Posté par C_M_Grzegorska à 22:52 - Commentaires [0] - Permalien [#]