J'ai cru longtemps m'appeler Ersatz, mais mon véritable patronyme est plus translucide et secret. Je suis de l'espèce des fantômes, de l'ordre du frisson sur quelques peaux tremblantes. Je ne suis pas fille du manque. Le spectre fait, traditionnellement, partie du décor, l'effleure et le frôle sans cesse, s'insinue et se dissimule entre les corps, les cœurs et les esprits, sans les heurter ni même murmurer une parole rassurante à leur oreille. Une présence vide et sombre, un nuage de cendres qui se déplace lentement à travers les murs et les bustes de ceux qui ont l'audace de me côtoyer. Plusieurs masques pour un même spectre, plusieurs sourires pour les mêmes ruines. La bâtisse est reconstruite à l'aube, lorsque j'annonce, je reviendrai. Je ne mens pas ; c'est l'attribut des spectres. Le défaut de leur compagnie. Ils plongent leurs pupilles dans les vôtres et vous empoisonnent doucement dans votre sommeil. La vérité les illumine sous la brume de leur corps disparu. J'attribue au hasard les identités, j'en vole certaines – me saisir ? Jamais. Je hante les quelques personnes qui m'accueillent dans leur esprit. Mais je ne manque pas. Il n'existe aucun souvenir palpable, reconnaissable, regrettable, de mon sourire, de mon visage, de mes mains. Mon parfum s'évanouit, son existence est incertaine, le timbre de ma voix même remise en cause lorsque mon ombre passe le seuil de la porte.

Comment manquer lorsqu'on a toujours, depuis l'éternité, été là ?