Comment dois-je les appeler ? Rituels, gouffres, éternelles répétitions, vertiges ? Il me semble qu'il s'agira de la même soirée, de la même senteur juste avant de monter, l'odeur du goudron et des rails sans retour, l'espoir d'un battement et l'amertume de ce parfum si horrible entre ses lèvres. Il me semble que tout se répètera à l'infini, sans relâche, que le glissement sera sans fin jusqu'à ses bras déjà fermés, la fenêtre, déjà ouverte.

 

Pas d'excuses. Pas pour cela, pas pour les matins où les gestes, mécanismes bondissants sans joie aucune, forment la valse lente d'un masque toujours plus étudié selon les perles de douleur laissées par la nuit. Le bout des doigts s'affairent sur une peau qui se délie et se fond contre des joues souvent encore humides de souvenirs, et vite, les aiguilles tournent dans une pupille qui s'affole, le noir s'étend en rivières joyeuses contre les cils, toujours plus, plus encore, pour fabriquer de toutes pièces un sourire plus haut qu'il n'existera jamais. Plus vite encore, une mine crayeuse qui dérape sans erreur – l'habitude me tuera sans cesse un jour. Puis il y a ces restes brouillés, entre le brun et le noir, voiles endeuillés contre un peau blanche qui ne porte désormais plus aucune marque d'humanité. Une brise soulève et structure les voiles. Y ajoute des colliers. Paillettes. Autres absurdités sans lendemains. Tout est figé, à sa place, appris par cœur – il ne bat pas. Reste à se glisser dans les carrés de tissu comblant le chaos d'un corps bleuté et fissuré. Trouver un miroir et statufier, enfin, l'image qui ne devra pas se briser avant l'éclat du jour.

 

Comment dois-je appeler les soirs où le souhait le plus cher serait que le matin ne vienne pas ?